Cet article vulgarise la publication suivante : Self-Compassion : Theory, Method, Research, and Intervention, Annual Review of Psychology, 2023.
Des mythes bien ancrés considèrent l’autocompassion comme signe de faiblesse, d’égoïsme, complaisante ou sapant la motivation. Mais ces mythes ont tous été réfutés par les études qui ont été menées.
L’autocompassion, en revanche, se révèle bénéfique non seulement pour le bien-être psychologique mais aussi pour réduire les troubles psychiques.
Afin de savoir ce qu’est l’autocompassion et comment l’exercer, on peut la décomposer en trois éléments :
- bienveillance envers soi ;
- conscience de notre vulnérabilité commune liée à notre condition humaine ;
- exercice de la pleine conscience.
La bienveillance envers soi, pilier de l’autocompassion
Pourquoi sommes-nous plus durs envers nous-mêmes qu’envers les autres ?
La plupart d’entre nous essayons d’être bienveillants et de soutenir nos amis lorsqu’ils sont confrontés à des échecs ou des difficultés. Nous pouvons même trouver des mots chaleureux et des paroles réconfortantes.
Nous sommes cependant souvent bien plus durs envers nous-mêmes, pleins de jugement et nous disant des choses que nous ne dirions jamais à un ami.
L’autocompassion, elle, consiste à accepter nos lacunes tout en prenant soin de nous-mêmes, quoi qu’il arrive.
Comment pratiquer la bienveillance envers soi-même ?
La bienveillance envers soi-même implique plus que de mettre fin à l’autocritique, cependant.
Nous essayons de soulager notre malaise, non pas parce que nous serions inadéquats comme nous sommes, mais parce que notre bien-être est légitime.
Lorsque nous nous arrêtons pour nous dire “C’est vraiment difficile en ce moment”, et lorsque nous nous parlons à nous-même avec chaleur, nous nous sentons validés et soutenus comme lorsque nous recevons de la gentillesse d’une autre personne.
La compassion envers soi-même reconnaît notre vulnérabilité inhérente à notre condition humaine.
Reconnaître notre vulnérabilité commune
Comment l’échec crée-t-il de la solitude ?
Lorsque nous connaissons un échec ou faisons une erreur, nous avons tendance à penser que pour les autres, tout va bien, et que nous sommes les seuls à avoir tout gâché. Cela n’est pas rationnel mais provient d’une réaction émotionnelle qui modifie notre jugement et notre raison.
Même lorsque nos difficultés proviennent de circonstances difficiles de la vie dans lesquelles nous estimons n’avoir aucune part, nous avons tendance à penser que, d’une certaine façon, pour les autres c’est plus facile.
Ce sentiment d’anormalité crée une terrible impression de déconnexion et de solitude qui accentue notre souffrance.
La souffrance comme partie de la condition humaine
Avec l’autocompassion, en revanche, nous reconnaissons, que les défis et les épreuves font partie de la condition humaine que nous partageons tous.
Nous reconnaissons que l’expérience de la vie humaine est imparfaite, et ce faisant, nous nous sentons moins isolés.
La pleine conscience : reconnaître sa souffrance sans s’y identifier
Pourquoi reconnaître sa douleur est essentiel
Pour pratiquer l’autocompassion, nous devons reconnaître notre douleur en pleine conscience.
La pleine conscience est un type de conscience équilibrée qui ne minimise ni n’exagère le ressenti du moment présent.
En effet, si nous nions le fait que nous souffrons, notre psychisme risque d’être contrôlé par cette douleur, nous empêchant de prendre le recul nécessaire pour pouvoir prendre soin de nous-même.
Éviter les généralisations négatives grâce à la pleine conscience
Nos pensées négatives peuvent en effet nous conduire à des généralisations : “non seulement quelque chose d’horrible s’est produit”, mais, “ma vie est horrible”, et à percevoir les évènements transitoires comme définitifs et permanents.
Avec la pleine conscience, nous reconnaissons que nos pensées et sentiments négatifs ne sont que des pensées et des sentiments, ce qui aide à être moins dominés par eux et à moins nous identifier à eux.
Les bienfaits de l’autocompassion sur la santé mentale
Les études ont montré qu’il existe un lien entre l’autocompassion et le bien-être, et en particulier qu’une plus grande compassion envers soi-même est liée à moins de troubles psychiques tels que la dépression, l’anxiété, le stress et les idées suicidaires.
Certaines études ont même montré qu’elle peut diminuer le trouble de stress post-traumatique (TSPT).
L’autocompassion semble réduire les troubles psychiques grâce à une pensée automatique et négative réduite.
Elle réduit également la honte, qui est la cause de nombreux états mentaux négatifs persistants. Ainsi, l’autocompassion prédit moins de honte et des niveaux plus faibles de dépression chez les survivants de viol.
Conclusion : l’importance de l’autocompassion
En traitant leur souffrance avec chaleur plutôt qu’avec dureté, et en se rappelant que la souffrance fait partie de la condition humaine, les individus se sentent moins submergés et isolés par leurs émotions négatives et sont moins susceptibles de développer un trouble psychique.